ACHOUR ATH AKKOUCHE : le créateur de richesse pérenne.

Achour Ath Akkouche’. Il est un créateur de richesse à partir de la matière première noble de la méditerranée et de sa terre natale, l’olive. Il a pris plusieurs risques dont celui plus élevé de créer une activité dans ce pays où la corruption et la bureaucratie bloquent toute initiative et rongent les structures de l’état; en restant honnête.

C’est un cas rare dans notre communauté de talents et de génies scientifiques. Son parcours, si on n’y prête pas attention, apparaît banal, sans relief ni intérêt particulier. Pourtant, il est le modèle exemplaire, unique, chez nous Iwaquren ; il est un créateur de richesse sur ses terres, à Arafou. 

Iwaquren étaient et sont toujours des commerçants et des entrepreneurs, Raffour est un pôle économique et le carrefour commercial de la région. Ils étaient et sont toujours attachés à l’éducation, à la formation et à l’apprentissage des sciences et des technologies, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur en témoigne. Cependant, ils se sont, sciemment ou non, ‘exclus’ de deux domaines, la création culturelle et artistique, et la création industrielle. Les raisons sont fondamentalement culturelles. 

La création artistique était un désert, jusque dans les années quatre-vingt-dix. Tout ce qui se rapportait à la chanson, à la danse, à la sculpture, au théâtre, à la comédie, à la littérature et à l’écriture ne faisait partie ni de notre éducation, ni de nos traditions, ni de notre culture. Il était quasiment ‘interdit’ d’en parler avec nos parents, c’était un tabou. Il était quasiment ‘exclu’ de montrer un intérêt à cette activité où de projeter d’en faire un métier, c’était mal vu. Il arrivait même de punir l’enfant, garçon souvent, qui osait danser. Cependant, la poésie sur des sujets sociétaux était tolérée. Elle était souvent utilisée comme moyen d’expression des femmes pour paraphraser la vie, dénoncer la misère et l’injustice ou louer Rebbi. Les quelques rares poètes Iwaquren étaient ignorés et parfois méprisés ou moqués. Ils n’étaient pas évoqués comme des références dans le vie sociale ou des exemples à suivre. De même pour le chant des femmes pendant les fêtes, il faisait partie culturellement de notre univers pour célébrer les fêtes de mariage et de circoncision ou quand elles visitent un mausolée. Exceptionnellement, Iwaquren ont ouvert une petite fenêtre vers l’art avec leur fameuse troupe Idabellen, dans les années soixante. Pourquoi cette exception ? C’est un mystère, d’ailleurs, la relève n’est pas assurée. 

Le deuxième domaine qu’Iwaquren ont évité, plutôt ignoré dirais-je, est la création industrielle. Personne n’a eu l’idée de créer une activité de transformation d’une matière première locale en produits finis avec des machines et des équipements industriels, dans notre région. Encore moins, avoir l’ambition de produire et d’exporter ses produits. Nos anciens étaient des commerçants dans la vente de charbon dès les années trente à Constantine. Ils étaient propriétaires d’hôtels et de restaurants à Paris depuis les années quarante jusqu’à ce jour. A l’indépendance, ils ont investi dans les domaines de la construction de bâtiments, le commerce de fruits et légumes, la bonneterie, la boulangerie, la boucherie, la quincaillerie, la menuiserie etc…. Mais, à aucun moment ils n’ont franchi le pas pour développer une activité pérenne et créatrice de richesse dans notre village. Les grandes familles de commerçants et d’entrepreneurs Iwaquren ont formé leurs enfants à l’art et au métier du commerce, qui eux-mêmes ont créé leurs propres affaires dont certaines sont florissantes. Mais, ils ne leurs ont pas ‘inoculé’  ‘le virus’ de la création, de la pérennisation et d’expansion de leur activité. Il n’y a pas eu de transmission d’un savoir-faire créatif ou d’une œuvre, de père en fils. Même la génération d’ingénieurs Iwaquren formés pour ce type de mission, dont je fais partie, n’ont pas eu l’idée d’investir ce terrain de création de richesse. Ce constat n’est pas une critique négative ou un reproche à quiconque, c’est simplement un fait qui m’a interpellé et que je soulève.

Notre absence dans ces deux domaines s’expliquerait par notre modèle  d’éducation et notre matrice culturelle. En effet ils exigent une personnalité avec deux caractéristiques fondamentales. Pour être un artiste, il faut oser briser les tabous, s’affranchir du poids religieux et se préparer à faire face à la réaction souvent virulente Iwaquren qui peut faire honte aux parents et aux proches. Il faut également accepter d’être montré du doigt et d’être stigmatisé. Très peu sont préparés à cela. Pour être un industriel créateur et innovateur , il faut avoir une idée originale bien sûr ; mais en Algérie, cela ne suffit pas. Il faut être ‘épaulé’ et avoir des appuis ‘haut placés’. Il faut aussi savoir construire un réseau de ‘connaissances’ dans les domaines de la finance, de la politique, de l’administration. Enfin, il faut savoir identifier et gérer les risques. Là non plus, nous n’avons pas de visionnaire ou bâtisseur de richesse sur le long terme. 

Il s’avère donc que nous n’avons pas le ‘culot’ et le courage de briser les tabous ; au contraire, nous les perpétuons. Nous n’avons pas, non plus, le courage de prendre des risques dans une création d’une affaire industrielle, personne ne l’avait fait avant pour avoir une expérience et servir d’exemple. En somme, nous ne sommes pas, ou nous ne voulons pas, sortir des chemins tracés et balisés par nos anciens. Nous reconduisons ce qu’ils nous ont ‘enseigné. Le constat amer est que nous n’avons aucune des deux caractéristiques nécessaires et indispensables pour faire partie du monde de l’art et du monde de la création de la richesse pérenne. Ses deux caractéristiques ne faisaient pas partie de nos gênes. Peut-on les introduire avec les nouvelles générations ? Ce récit est destiné à elles, seront-elles à l’écoute ? 

Effectivement, en cherchant dans le patrimoine humain Iwaquren, j’ai trouvé un seul homme qui a touché à tout et qui s’est intéressé aux deux domaines dans lesquels notre absence était visible et nuisible. Il a été l’initiateur et ‘l’ouvreur’ de voix dans le domaine ‘interdit’ de l’art et celui ‘ignoré’ de l’industrie. Il était parmi les quelques rares courageux et téméraires, qui se comptaient sur les doigts d’une main dans les années soixante-dix et quatre-vingt, à avoir brisé les tabous. Il avait jouant d’un instrument de musique devant une foule Iwaquren, hommes et femmes.

Dans le domaine de la création de la richesse, on retrouve le même homme, l’initiateur d’une activité de transformation et de vente de produits finis distingué par des médailles en Algérie, dans notre village. Il s’agit de Achour Ath Akkouche. Certains diront, il y avait avant lui, Ahcène Ath Ali Ouamar qui a créé la ‘Maison de la Cravate’ à Alger. Ce cas est particulier et différent de nature et de risque, je l’évoquerai lorsque j’aurai plus d’informations. 

Ce que je vais donc décrire ici, c’est la personnalité de l’homme de créativité et l’intelligent briseur de tabous ‘Achour Ath Akkouche’. Il est un créateur de richesse à partir de la matière première noble de la méditerranée et de sa terre natale, l’olive. Il a pris plusieurs risques dont celui plus élevé de créer une activité dans ce pays où la corruption et la bureaucratie bloquent toute initiative et rongent les structures de l’état; en restant honnête. Son profil et son parcours méritent d’être montrés, mis en valeur et mis à l’honneur pour servir d’exemple pour  nos jeunes générations.

Qui est Achour Ath Akkouche ? Il est un septuagénaire toujours actif et dynamique qui veille sur son entreprise en cours de développement. Il est connu par la majorité Iwaquren, bien avant la création de sa ‘Huilerie’, pour son investissement dans Tajma3it, pour sa générosité envers les personnes faibles et nécessiteuses, par son tracteur au service Iwaquren dans les années soixante-dix. Il était connu aussi avec son luth – l3ud- dans des galas du village des années quatre-vingt. Achour est né en 1950 à Adrar Seggan, localité proche de Raffour et de Ath Mansour. C’est un fils de paysans agricoles depuis plusieurs générations qui cultivaient les céréales, entretenaient les oliviers et les figuiers entre Adrar Iwaquren, Arafou et Adrar Seggan ; ‘leur triangle d’or’. Il est le seul garçon d’une fratrie composée de six sœurs. Quand on connait le poids de la tradition et de la culture de la famille kabyle avec un fils ‘unique’, on devine l’amour et l’affection particulière que les parents portent sur lui ; mais aussi la responsabilité et la charge qui l’attendent pour protéger et représenter la famille dans le village. 

Dès son enfance, il accompagnait son père dans les champs, au marché et partout où il allait ; c’était pendant la guerre de libération. En l’emmenant avec lui, inconsciemment peut-être, son père le préparait et le formait pour devenir un homme, très tôt. Achour était dans l’environnement d’une famille nombreuse paysanne. Il découvrait ainsi la vie avec tout ce qu’elle comporte de difficultés pour exister pour un paysan Awaqur sans moyens ; de bonheur de vivre dans une société solidaire qui partage le peu qu’elle a ; de fierté d’appartenir à ce peuple qui tient à ses racines et à ces terres d’Ighzer Iwaquren, d’Adrar Segan et d’Arafou. A défaut d’école pour apprendre et devenir un instruit avec les matières théoriques, il s’appuie sur ses rencontres précoces avec des adultes pour observer, écouter et voir leur comportement et leurs actes. Il ressentait et partageait, sans le montrer, les soucis de son père quand il fallait acheter des vêtements pour la famille, préparer une fête de fiançailles ou de mariage de l’une de ses sœurs, acheter un mouton pour l’Aïd, par exemple. Enfant, il s’est coltiné à la vraie vie. Achour n’a rien oublié de ce qu’il avait vécu et de ce que son père lui disait avec des dictons ou des conseils. 

A la sortie de la guerre, l’Algérie était en ruine et les algériens vivaient dans la misère. Son père, comme des dizaines Iwaquren, était obligé d’émigrer en France pour subvenir aux besoins de sa famille. On était en 1962. Constatant le manque de possibilité de formation pour son fils dans l’Algérie post-indépendante, il décidât de l’emmener avec lui en France en 1965, pour l’instruire, lui faire découvrir le monde du travail. Il avait préparé, en toute discrétion, les papiers administratifs nécessaires à l’émigration, sans l’avertir ni lui demander son avis. Revenu en vacances à l’été de 1965, il lui apprend qu’il allait partir, avec lui, en France. C’est ainsi que commençât la vie de Achour émigré, un jour d’août 1965. Il avait 15 ans.

Il n’était jamais sorti de son triangle d’or Arafou – Ighzer Iwaquren – Adrar Segan. Les surprises commencèrent le matin du départ. Il était déboussolé et ballotté de surprise en surprise. La première fût la découverte du train à la Gare de Maillot qui les emmène, lui et son père, au port d’Alger. Ensuite, il fût ébahi en montant dans un bateau amarré sur un quai et flottant sur l’eau bleue qu’il n’avait jamais vue d’aussi prêt. De là, il voguèrent vers Marseille pendant deux jours. Du port de Marseille, ils prirent un autre train qui les avait amené à Paris d’où ils rentrèrent en métro et en train à Puteaux destination finale où habitait son père.

Tout était quasiment nouveau pour lui, y compris les plats qu’il avait mangés lors de son voyage. Il était le seul garçon Iwaquren de cet âge à émigrer et partir si loin, séparé de sa mère, de ses sœurs et de son village. Arrivé en France, son père lui avait fait comprendre qu’il l’avait amené pour une mission. Il doit ‘apprendre pour devenir un homme’ sur qui, sa mère, ses sœurs et lui, pouvaient compter, le moment venu. Achour avait bien compris le message et mémorisée les ‘objectifs’ fixés par son père , il ne les avait pas oubliés. 

Vu son âge, son père l’’inscrivit à l’école pour étudier et s’adapter aux exigences de ce pays où, pour exister, il faut lire, parler et écrire le français. Il allait à l’école réservée aux jeunes adolescents français et étrangers dont l’âge était dépassé pour être scolarisé à l’école primaire. ‘Assoiffé’ et obsédé d’apprendre, Achour complétait sa formation dans les cours du soir, avec des cousins plus âgés. Observateur et attentif à son environnement, il avait remarqué que ses camarades français pratiquaient des activités extrascolaires, le sport et la musique. Il s’y était mis lui aussi, il avait choisi le javelot et la natation. Mélomane déjà à Arafou, avant de partir en France, il avait sa petite radio pour écouter les chansons kabyles et orientales de l’époque des années soixante. En France, dès qu’il avait les moyens, il s’était offert un luth (l’3ud) et s’était initié à la pratique de cet instrument. On remarque déjà que Achour, adolescent, ‘se prenait en main’. Il apparaissait un jeune homme responsable, qui vivait avec son temps en conservant ses racines. On remarque aussi que son père lui faisait confiance et l’avait aidé dans ses choix. C’est un signe d’ouverture d’esprit d’un père, rare à l’époque. 

Après trois années d’études et l’obtention d’un Certificat d’Etudes Primaires, il avait commencé à travailler à 18 ans, avant la majorité qui était à l’époque de 21 ans. Il était ouvrier dans le bâtiment, régleur dans une usine de fabrication de sachets en plastique, salarié chez Total. Il était un jeune homme actif qui était disponible et qui occupait tous les postes qu’on lui proposait malgré son âge de mineur qui lui ‘interdisait’ d’accéder au travail. Il avait réussi à faire sauter cette barrière de l’âge avec l’aide de son père et de ses cousins. Il avait vécu ainsi sept ans en France entrecoupés de deux séjours de vacances en été, en 1968 et 1970. 

Il revint en 1972 en Algérie, jeune homme de 22 ans éduqué, instruit et formé. Il avait accompli une partie de la mission que lui avait fixée son père. Ce retour était dicté par la volonté de celui-ci ; revenir au pays. Achour est un fils ‘obéissant’ par le respect qu’il lui doit à son père; pas par crainte ou peur. Pour lui, ‘écouter et suivre les conseils de son père est un devoir. Il lui reste, maintenant, l’autre partie de sa mission, devenir l’homme sur qui sa famille peut compter. Du jour où il est revenu à Arafou, Achour ne vivra pas ailleurs que sur sa terre natale, celle de ses ancêtres. Ils forment ‘un couple inséparable’, lié par un amour et un attachement indescriptibles. Sa terre fait partie de son sang. Il utilisera les ressources de sa région pour vivre et créer de la richesse. Il va s’y atteler sans réserve et sans tergiverser.

Quelques signes le distinguaient déjà à son retour. Il était habillé en pantalon pattes d’éléphant et avait des cheveux longs.  Il avait ramené son luth – l’3ud avec lui. A l’aéroport, il avait surpris les douaniers habitués à voir les émigrés avec des malles en métal pleines de vêtements et de tissus. Imaginez la réaction Iwaquren avec leur sacro-sainte pudeur qui les empêchait d’écouter une chanson avec des paroles en famille ! Ce profil de la jeunesse de l’époque ouvert d’esprit n’effaçait pas pour autant un homme d’une âme Tawaqurt. Achour est un caméléon dans son comportement, il s’adaptait à l’environnement dans lequel il vit.

Il était le jeune homme de vingt deux ans qui voyait, apprenait et comprenait vite les situations et qui savait se fixer les limites à ne pas dépasser. Il avait et il a toujours, le souci de ne pas choquer inutilement. Une petite anecdote sur ce trait de caractère, quand il partait à la montagne Iwaquren avec son 3ud, il le cachait dans le couffin (Acwari) du dos de l’âne pour ne pas se faire remarquer. Il respectait les règles communautaires même quand il sait qu’elles étaient tabous. Ils savait les contourner intelligemment.

Après quelques jours de repos, il s’est mis au travail en employant les moyens disponibles à la maison. Son père, paysan dans l’âme, revenu en 1965 en vacances avec des économies, avait investi dans l’achat de terres pour agrandir son patrimoine. En toute logique, l’investissement dans l’achat de terres ‘appelle’ l’investissement dans l’acquisition d’un tracteur ; ce que son père fit en 1969. Ces deux investissements ont été réalisés comme si son père avait planifié le retour de son fils de France pour faire de l’agriculture, son métier. Etait-il intuitif ? C’est effectivement ce qui s’était passé. Achour n’avait pas cherché du travail ailleurs. L’amoureux de sa région qui avait acquis une expérience professionnelle en France avait tout ce qu’il fallait pour développer l’agriculture familiale. C’était le début de son activité en Algérie. Et en dehors des périodes d’activités agricoles, il utilisait son tracteur comme moyen de transport de tout matériel et matériau comme le sable, le bois, de foin. Il adaptait son profil de paysan aux besoins de la population. Sociable, disponible, généreux et sensible à la situation des pauvres, il rendait service, gracieusement, aux familles nécessiteuses. Il avait même utilisé ce tracteur comme ‘ambulance’ pour évacuer des malades à l’hôpital de Maillot. Sans oublier son devoir d’apporter sa contribution à chaque Tiwizi – Chmel – du village. Il transportait les bénévoles, les matériaux et les outils. Ce tracteur était son compagnon, son outil de travail ; il faisait presque tout avec. Peut-être discutait-il avec lui ? Lui confiait-il ses soucis ? Sans remonter à son enfance avant ses 15 ans, on remarque que Achour ne sait pas et il ne veut surtout pas savoir, ce que les mots vacances, chômage, ennui, oisiveté veulent dire. Si on regarde ‘son Curriculum Vitae’, on ne trouverait aucune période creuse. Il avait touché à tout ; il n’y a pas de sots métiers, pour lui. Du jour au lendemain, il peut passer d’entrepreneur travaillant à son compte à associé ou ouvrier chez les autres. Sans oublier son activité agricole familiale ; elle constituait son ‘métier du cœur’. Il était chauffeur livreur, ouvrier paysan, marchand – associé de fruits et légumes, propriétaire de taxi, entrepreneur en fabrication de parpaing, etc…. Il ne reste jamais sans activité, et ce jusqu’à ce jour, à l’âge de 71 ans. Le passage par les différents métiers qu’il avait exercés, l’enrichissait professionnellement et personnellement. Achour était un buvard ou plutôt ‘une mémoire d’ordinateur’, avant l’heure. Il stocke, trie, range et mémorise ses expériences en tirant systématiquement un enseignement positif, y compris de ‘ses échecs’.

Il est un adepte de la formation sur le terrain et de ‘l’apprentissage par l’erreur et par l’échec’, quand c’est nécessaire. Quand il exerce un métier, il apprend toutes les activités annexes. Taxi, il avait appris la réparation automobile pour ne pas dépendre d’un dépanneur en cas de panne. Avec son tracteur, qu’il conserve toujours en bon état de marche, il était le mécanicien pour son entretien et sa réparation en cas d’arrêt. Nous verrons pour l’Huilerie, il en fait de même. Il s’est toujours donné les moyens pour ne pas dépendre des autres, quand la situation l’exige. Il est un autonome et finit toujours ce qu’il entame, y compris seul s’il le faut. Quand il s’engage dans une voix, il va jusqu’au bout. S’il se rend compte que celle-ci ne mène nulle part, il n’hésite pas à l’arrêter et chercher une autre.

Après être passé par tout ce qu’il pouvait et ce qu’il voulait faire, une opportunité se présentât à lui en 1994. Sa vie professionnelle allait basculer. Il avait enfin trouver sa voix. Finalement, il ‘était écrit’ que Achour finirait par exhausser son vœu caché dans son subconscient ; travailler sur ses terres, créer de la richesse et laisser son nom ‘pour l’éternité’. Etait-ce un signe du destin ?  En effet, l’année 1994, était l’année charnière; elle constituait le vrai tournant de sa vie professionnelle, peut-être familiale aussi. C’est par un concours de circonstances extraordinaire et imprévu qu’il s’est ouvert un nouvel horizon. C’est là qu’on avait découvert, peut-être s’était-il découvert lui-même, Achour l’entrepreneur, le courageux, le visionnaire et le perspicace. Il s’était lancé dans une ‘aventure industrielle’ à un moment où il avait plutôt intérêt à rester discret et ne pas prendre de risques. Cette année-là, en plein milieu de la décennie noire, l’Algérie toute entière vivait dans la peur du terrorisme islamiste. Le danger terroriste était partout. Les islamistes armées étaient sur les routes avec des ‘faux barrages’. Ils harcelaient et menaçaient les familles des maisons isolées. Ils attaquaient les forces de sécurité, qui ne sortaient plus la nuit. La situation professionnelle et familiale de Achour devenait très critique, il vivait avec ses risques quotidiennement. Il était propriétaire et chauffeur de taxi qui sillonnait l’Algérie d’Est en Ouest et du Nord au Sud, depuis deux ans.

Il vivait en permanence le risque des ‘faux barrages’ des terroristes. Sa famille habitait dans une maison isolée à Arafou d’où tout le monde était parti pour fuir les terroristes et vivre en sécurité, à Raffour, sauf lui. A cela, s’ajoutait la fatigue des longs trajets sur des routes non entretenues et les risques d’accidents nombreux. La vie devenait très compliquée et difficile à gérer. Réfléchissait-il pour trouver une issue à cette situation tendue et trop risquée ? Lui seul le sait. En tout cas, c’est à ce moment qu’une idée lumineuse vint d’un voisin d’Ath Mansour, propriétaire d’une huilerie. Il voulait l’associer à son fils ami de Achour, déjà expérimenté dans ce domaine, pour démarrer une nouvelle ‘aventure’ industrielle. Créer une huilerie à Arafou. Quoi de plus enthousiasmant pour Achour le paysan que de travailler une matière kabyle noble et millénaire, l’olive ! Il était certainement conscient de la situation de l’Algérie à l’époque et des risques associés. Il était non seulement resté habiter à Arafou, il avait accepté le défi de créer une huilerie devant sa maison, avec son ami. Il fallait un sacré courage pour le faire. C’est ainsi qu’ils montèrent cette huilerie, la première et l’unique du village. Ils travaillèrent ensemble jusqu’en 2002. Pour les raisons de santé de son ami associé, Achour devait reprendre l’entreprise seul. C’est ainsi qu’il avait continué l’exploitation de cette huilerie, seul. Ses deux enfants, Adel et Mohamed, s’impliquaient, seuls sans contrainte de leur père, pendant les vacances scolaires et les weekends. Ils se sont joints à lui pour prendre, progressivement, la relève. Après ses études, Adel avait apporté ses compétences et son savoir-faire dans les domaines de la gestion, de la technologie, du markéting, des démarches administratives, etc….. Mohamed, quant à lui, attiré par le métier, il avait cessé ses études très tôt pour travailler dans la production d’huile d’olive et l’approvisionnement d’olives. L’amour de la terre de leur père les a contaminé, très jeunes.

En 2012, avec Adel et Mohammed ils acquièrent une nouvelle chaîne de production avec une technologie plus avancée et récente auprès d’un constructeur Italien leader mondial. Fort de son expérience et de sa faculté de compréhension du fonctionnement des mécanismes, Achour avait construit lui-même l’atelier de l’équipement, comme l’exigent les normes d’hygiène et de sécurité internationales. L’homme autonome qui veut maitriser ses équipements, leur technologie et leur fonctionnement réapparaît. Achour, a non seulement maitrisé le processus de cueillette, d’extraction et de conservation d’huile d’olive avec l’assistance du constructeur qui a transmis le savoir-faire, il a étendu sa ‘formation’ jusqu’à la source de l’olive, l’olivier. Quand on le voit et on l’entend expliquer le fonctionnement de son huilerie, on constate son sérieux et sa concentration sur son visage. Il fixe son interlocuteur avec les yeux grands ouverts, il parle avec mots précis tel un scientifique agronome, avec un ton d’un passionné qui se concentre sur son sujet tel un grand avocat qui défend la cause d’un innocent. Il a acquis une expertise du métier dans toutes les étapes du processus d’obtention de l’huile d’olive.  Son amour du métier et du produit est l’une des raisons de la notoriété de son entreprise. Elle a fait l’objet de visites par de nombreux experts et clients européens. Elle a été primée et classée meilleure huilerie à l’échelle nationale en matière d’hygiène et de respect de l’environnement en 2016. La qualité de son huile d’olive avec ses caractéristiques exceptionnelles a obtenu quatre médailles sur ses différents produits. Deux d’argent et deux médailles d’or.

Quand il énumère les exigences à satisfaire pour obtenir une huile cotée et renommée au niveau mondial, on imagine l’énergie qu’il y déploie. Aujourd’hui sa huilerie a atteint un seuil de performance et un niveau de qualité du produit qui la place au même niveau que les huileries occidentales des pays du sud de l’Europe. Son  principal handicap pour exporter ses produits et ‘jouer dans la cours des grands’ est la faiblesse des quantités produites par les fournisseurs de l’olive, la matière première. Ceci est le défi que ses enfants doivent relever. Il leur a transmis un savoir-faire, un état d’esprit et l’amour du métier. Il leur a transmis deux devises. La première : ‘quand on travaille sa ‘terre’, on travaille pour son pays, on contribue directement au bien-être de sa communauté’. La deuxième : ‘aimer son métier, et fais ce que tu aimes faire’.  Il a bâti une entreprise sur des bases saines. La relève est assurée par ses deux enfants qui ont la volonté, non seulement de pérenniser l’huilerie, mais de la développer avec des produits dérivés.
Saïd HAMICHI

2 commentaires sur « ACHOUR ATH AKKOUCHE : le créateur de richesse pérenne. »

  1. Excellent parcours de quelqu’un que, malheureusement, je ne connais pas, en dépit qu’il est fils n Tmurth iw. En ce qui concerne l’absence d’activité industrielle et industrialisante, chez nous, cela s’explique par le fait qu’en Kabylie « on fait ce que l’autre fait » et surtout lorsqu’il réussit. Nous avons tendance à imiter plutôt qu’à innover car, en innovant, on prend un risque de ne pas réussir et on devient un « sous-homme ». Cela se fait même de nos jours. Çà arrive quand même que des « courageux » ou que des « intelligents » créent.
    Mr Akkouche a eu la chance d’avoir eu un père éveillé et celle d’être fils unique. Il a eu également la chance d’être aussi dégourdi que son père et le reste est venu.
    Il y a, comme ça, des Personnes qui veulent faire plein de choses car elles sont animées d’un esprit de challenge et de désir de réussir.
    Mr Akkouche en fait partie.
    Il ne peut que réussir, là où il met les pieds … et les mains.
    Nous en sommes fiers.
    J’avais toujours souhaité que des Iwaquren s’unissent, en groupes, pour tenter de nouvelles choses et compte tenu de leurs « gènes », ils ne peuvent que réussir.
    La dernière idée que j’avais proposée est celle de créer une Unité de mise en bouteille de l’eau de l’Ainçar de Ighzar avec, pour objectif, la mise en valeur de la région, la création d’emplois et de richesse.
    A Taddart, j’avais parlé d’une création, justement, d’une Huilerie de Taddart, sur le terrain collectif de Ighzar Bwaghlidh. Il était justement prévu dans un méga projet du PPDRI (Plan Pour le Développement Rural Intégré) initié par les services publics de l’agriculture, malheureusement, mort-né. Au moment où je l’avais découvert, il était déjà trop tard.
    Je pense que ce sont des projets collectifs de ce genre qui apporteront une union sociale et des ressources.
    Merci Said de nous avoir fait découvrir un talent de chez nous.
    Bravo et félicitations à Monsieur Akkouche. Longue vie et beaucoup de réussite.
    NB : Da Ahcène de la Maison de la Cravate (maison que je j’avais bien connue) est de la Famiile At Ali Ouamar et non de At Mhend Ouali (elle sont une même Famille).

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